Friday, August 18, 2006

A propos d'Idi Amin Dada

(Légende : le général Idi Amin Dada aimait les beaux uniformes de coupe soviétique. C'est à peu près le seul aspect sympathique du personnage...)
L’un des plus sanguinaires tyranneaux africains est mort. Idi Amin Dada qui avait saigné à blanc le pays de 1971 à 1979. Son surnom « Dada » date de ses débuts dans la carrière des armes où son supérieur européen le considère comme un « bon bougre, totalement dénué de matière grise ». Homme à femmes, il avait été surpris par son supérieur avec deux demoiselles dans son lit. Il présenta la première comme sa femme, mais dut s’expliquer sur la présence de la seconde… Il déclara alors, hilare : « c’est ma dada (grande sœur dans son dialecte) ». La tragédie ougandaise est encore dûe à la politique anglaise dans la région. Le pays est en effet une création artificielle : le gros du pays constituait le Royaume du Bouganda, regroupant le centre et le sud du pays, sur la rive gauche du lac Victoria, comprenant notamment la capitale Kampala et la ville d’Entebbe sur une superficie de 66.384 km², soit un quart du pays. Le Bouganda avait une longue tradition nationale et avait même son unité dans l’armée coloniale anglaise : le 4e bataillon du King’s African Rifles Regiment. En 1955, la Grande-Bretagne annexe de force le Bouganda chrétien à l’Ouganda musulman qui comprenait les anciens royaumes de Bunyoro, Toro, Ankole des terres du Moubendé et du Bousouga et des provinces du nord et de l’est. Le roi du Bouganda, Mutesa II, fut roi d’Ouganda de 1962 à 1963 (il était roi du Bouganda depuis 1942), puis président de la République de 1963 à 1966 où il fut renversé par celui qui fut le rival honni d’Amin Dada : le premier ministre Milton Obote. Obote fut lui même renversé par Amin Dada le 25 janvier 1971, avec l’aide de Israéliens qui trouvaient qu’Obote se rapprochait dangereusement de Moscou. Caricature du despote nègre, Amin Dada est né dans la ville de Koboko (à l’endroit où se rejoignent les frontières de l’Ouganda, du Zaïre et du Soudan) entre 1924 et 1926 dans une tribu nomade et musulmane du nord, les kakwanciens, qui ne représentent que 0,4 % de la population. Embrassant la carrière des armes, il devient champion de boxe de l’armée anglaise puis de l’Ouganda (catégorie poids lourds) et combattit en Birmanie pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis participa à la répression contre la révolte des Mau-Mau au Kenya en 1953. Capitaine dans l’armée ougandaise lors de l’indépendance, il devient général en chef en 1967. En août 1972, vexé de s’être vu refuser les faveurs d’une jeune asiatique qu’il convoitait, il expulsa les 63.000 Indiens et Chinois du pays, provoquant une crise économique sans précédent. Au président Nixon qui protestait, Amin Dada répondit : « Mon très cher frère, avec tous les problèmes que vous avez sur les bras, je m’étonne que vous trouviez encore assez de zèle pour en chercher d’autres ». Après avoir provoqué un incident diplomatique avec l’Allemagne en demandant au chancelier le pourquoi de l’absence de statues d’Hitler, le brave Idi Amin rompit successivement ses relations diplomatiques avec Israël en juillet 1972 (il en expulsa les 70 conseillers militaires et accueillit les terroristes palestiniens qui avaient détourné un avion d’Air France en 1976, avion libéré par un commando israélien. De rage, « Daddy » fera exécuter le personnel de l’aéroport), avec la Grande-Bretagne en juillet 1976 (après avoir demandé la princesse Anne en mariage. Pas rancunier, il proposa au Royaume-Uni de lui faire parvenir des bananes pour nourrir les chômeurs…), avec l’URSS en novembre 1975. Le 1er novembre 1978, il envahit la Tanzanie avec l’aide de la Libye et son armée occupe la rive nord du Kagera (plus connu sous le nom de Nil...) soit 1.800 km². Ne perdant qu’un char dans l’offensive ougandaise, les Tanzaniens contre-attaquent massivement, entrent en Ouganda le 28 novembre et prennent sa capitale le 11 avril 1979. On était loin des déclarations enamourées d’Amin Dada pour le président Nyerere : « Je vous assure que je vous aime beaucoup et qui, si vous étiez une femme, malgré vos nombreux cheveux blancs, je vous considèrerais comme digne d’être épousée. Mais vous êtes un homme et cette éventualité est hors de question ». (automne 1972). Frondeur, Idi Amin proposera à Nyerere (de deux ans son aîné) de régler leur différend sur un ring de boxe. En exil en Arabie Saoudite, il est mort le 16 août 2003 d’hypertension, de diabète et d’obésité. Son régime a provoqué de 100.000 à 500.000 morts, son ennemi juré en tuant lui 300.000, tout aussi meurtrier qu’Amin mais beaucoup moins drôle… A noter qu’il reste encore un mouvement rebelle se réclamant d’Idi Amin : le Western Nile Bank Front dont la base principale est à Morobo et est dirigé pour la partie civile par Zubaïri Atamuk et pour la partie militaire par le lieutenant-colonel Abdallah Abdelatif. Fort de 2000 hommes soutenu par le Soudan, le WNBF est allié à la LRA (Lord’s Resistance Army) de Joseph Kony, qui ont fait parler d’eux en juin 2003 en enlevant 100 collégiennes dans l’est du pays.

2 Comments:

Anonymous Raoul said...

Il y a eu un film sur Amin Dada en 1974, de Barbet Schroeder, intitulé "Général Idi Amin Dada".

C'est assez savoureux comme document.

2:52 AM  
Anonymous Anonymous said...

Et aussi plus récement "le dernier roi d'ecosse" captivant et traumatisant aussi

9:01 AM  

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